
Et puis, effectivement, à chaque coup de coude de ma copine, je tique. J’ai beau l’observer en coin, lorsqu’il est occupé ailleurs, je ne l’ai jamais vu se comporter ainsi avec d’autres filles : souvent, il m’effleure, s’excuse d’un « pardon » bref et étouffé, me prend un crayon ou tout autre truc avec lequel je joue de mes mains, s’appuie au dossier de ma chaise, me prend le coude pour me déplacer si je gêne, s’assied à coté de moi, me scrute de ses yeux noirs, à quelques centimètres à peine de mon visage, et me souffle la réponse après des explications alambiquées. Toutes ces attentions me sont destinées pendant que ma copine fait tapisserie.
Quand je reste le nez en l’air, à tourner sur mon siège, il s’abstient de toute engueulade, se contente de s’approcher dans mon dos et d’arrêter le tourniquet en posant la main sur le tabouret, tout juste à coté de mes fesses. Je lui réponds d’un sourire enfantin.
Et lorsque, de son bureau ou du tableau, il plonge son regard dans le mien, l’espace de quelques secondes qui me semblent durer des heures, je suis tellement mal à l’aise que mes certitudes vacillent. Est-ce moi qui interprète ses gestes anodins comme ambigus ? Et si non, a-t’il conscience de se comporter de manière équivoque ? Qu’attend-il de moi ? Qu’espère-t-il ?
Ce jour là, je suis dans une petite pièce à part, dans la pénombre le noir. Il s’agit d’étudier un engin bizarroïde qui mette en évidence je ne sais quels principes d’optique. Ma camarade a loupé son bus, je commence toute seule. Je ne me souviens plus de ce qu’il faut faire exactement, mais je me rappelle que je dois changer le réglage d’une molette, éteindre la lumière et observer dans un petit trou la distorsion d’une image, ou quelque chose comme ca.
J’ai beau glisser un œil dans le tube, je ne vois absolument rien. Je persiste 2 ou 3 fois avant d’appeler mon messie, désespérée. On recommence, à deux. Je ne vois toujours rien. Je jette un œil, puis il s’y colle, ainsi de suite. Nous sommes seuls, il fait sombre, le local est exigu et nous devons sans cesse alterner de place. Très vite, nous nous frôlons du bras, des cuisses. Pas de « pardon » furtif, juste un contact de plus en plus prolongé que nous feignons tous deux de ne pas sentir. Nous sommes debout accoudés à la table, face à la machine. Je me suis un peu cambrée et lorsque je jette un œil dans le viseur, je le surprends à me regarder avec gourmandise. Son bras frôle le mien, je sens sa chaleur et ma hanche tout contre sa cuisse. Ces quelques instants de complicité volée, à quelques mètres à peine du reste de la classe, sont délicieux...
Et puis, je comprends : je n’ai pas mes lunettes. Il me sourit, absolument pas agacé de ma bêtise, bien qu’il aurait pu mettre tout ce temps perdu à disposition des autres. Il vient me voir régulièrement, adossé au montant de la porte, sans prononcer une parole. Ses grands yeux obscurs font le reste.
En TP, nous sommes debout la plupart du temps, et il lui arrive de plus en plus fréquemment de me toucher les fesses de son propre postérieur ou de ses avant bras lorsqu’il se glisse d’une paillasse à l’autre. Quand il se penche sur moi pour examiner mes exos en TD, je sens sa respiration ralentir et son regard balayer mon buste. Je gonfle la poitrine et écarte légèrement la tête, pour mieux l’encourager. Parfois même, il s’accroupit en face de moi, et fait mine de lire mon travail alors que ses yeux sont plongés dans mon sage décolleté. Ensuite, il me fixe intensément de ses yeux noirs, toujours sans que je parvienne à saisir le sens de son message. Je crois y déceler de la retenue mêlée d’envie : celaa me fait chavirer !
Une drôle de complicité se met lentement en place...

Apres le bac, je voulais jouer au petit chimiste (biologiste) devant ma paillasse, avec un bec bunzen et des boites de pétri pleines de microbes. Je n’avais pas prévu qu’il y aurait autant de matières rébarbatives, dont un mélange barbare de maths et physique en tous genres, sobrement surnommé PMC. En résumé, c’est comme les maths, mais en pire.
Le prof est jeune, plein d’enthousiasme et croit pouvoir me faire aimer son cours. J’évite de le contredire, si cela peut me permettre de grappiller quelques points : je note consciencieusement les cours magistraux et fais mine de comprendre les exercices en TD (que je recopie sur un type qui me fait les yeux doux). En réalité, je suis totalement à l’ouest, j’ai beau essayer, je n’y comprends absolument rien.
Chaque semaine, je subis 4h de TP de PMC. Je suis en binôme avec une fille sympa et plutôt maligne, on s’en sort assez bien, surtout grâce à notre prof qui prend un temps infini à nous expliquer mille trucs que nous ne saisissons toujours pas. En fin de compte, je hoche la tête, l’air assurée. Il ne faudrait pas qu’il me prenne pour la dernière des andouilles.
Mon sauveur ne se prive jamais de m’expliquer en long et en large le fonctionnement de machines diaboliques que nous sommes censés maitriser, tout à coté moi, me fixant de ses yeux sombres, me frôlant parfois, ignorant presque ma collègue, m’empruntant un stylo, une gomme, un bout de papier, faisant carrément les calculs à notre place, à tel point que ma copine me fait remarquer qu’il se montre trop serviable, justement.
Je n’imagine pas un instant que ce minet à l’allure timide puisse me faire du plat. Il me prend en pitié, c’est tout.

Vingt jours que je n’ai pas fait l’amour. Mes doigts ont beau être un palliatif efficace, rien ne vaut une belle bite vigoureuse (et surtout pas un sextoy). Voilà que j’emploie des gros mots, maintenant !
Du coup, je me mets à regarder un peu n’importe qui. C’est effrayant. Je comprends que certains hommes délaissés par leurs épouses finissent par se contenter de n’importe quoi. Cela dit, je n’en suis pas encore à ce stade. Il me suffirait de mettre une mini-jupe pour attirer le premier guignol venu. Mais je ne suis pas comme ça.
En fait, je n’ai jamais dragué personne, je ne sais pas faire. Je me contente de répondre aux avances de ceux qui me plaisent. Et comme je suis d’une nature plutôt faible, il n’est pas inhabituel que je « couche » dès la première rencontre. A quoi bon faire ma mijaurée ? Si nous nous plaisons, inutile de tourner autour du pot. J’aime être spontanée, me laisser emporter par mes désirs du moment, ne pas réfléchir aux conséquences.
D’ailleurs en général, sitôt l’affaire conclue, je n’éprouve plus aucune attirance pour l’homme en question. J’ai un cœur (ou un cul ?) d’artichaut. Une fois que j’ai fait le tour du bonhomme, il ne m’intéresse plus, mon esprit vagabonde déjà vers ma prochaine cible.
Trois semaines, donc, que je me satisfais seule. J’ai bien eu quelques touches, j’ai décliné des invitations, rien qui ne me mette réellement en appétit. J’ai beau m’offrir aisément, je suis tellement difficile que mes amants se font rares. C’est plus fort que moi, je n’éprouve aucune envie s’ils n’ont pas ce petit « truc » qui me mettra immédiatement dans tous mes états. Ça peut être une belle voix douce mais grave, une odeur ambrée très masculine, un geste de la main terriblement sensuel, un regard charmeur et confiant, une allure générale virile, que sais-je encore !
Présentez moi le dernier éphèbe en vogue, s’il n’a pas le « truc », il ne me procurera aucun désir.
Foutu instinct sexuel trop exigent !

Lorsque je me glisse dans mes draps, la nuit tombée, j'ai comme le sentiment de m'apprêter à vivre une existence parallèle. En fait, je suis aussi enjouée à l'idée d'aller faire du shopping un samedi tout entier que lorsque je pénètre dans le monde des rêves !
Je suis ce que l'on nomme une rêveuse lucide : je parviens à prendre conscience de rêver et je peux alors faire absolument tout ce je désire dans mon univers onirique ! Voler dans l'espace, manger des dizaines de gâteaux aussi savoureux que dans la réalité (le tout sans prendre un seul gramme), respirer sous l'eau, rencontrer des personnalités, voyager à l'autre bout du monde, sauter d'un avion sans parachute et sentir le vent dans mes cheveux, l’effet de l’apesanteur (tout cela sans m’écraser au sol), faire apparaitre un énorme diamant à mon doigt, me transformer en pingouin, singe ou poisson si ça me chante, etc..., mais aussi et surtout ce qui nous intéresse aujourd'hui: assouvir tous mes fantasmes, même les plus inavouables !
Imaginez donc ! La nuit, je provoque intérieurement des orgies plus vraies que nature, la seule limite, c'est mon imagination (et le facteur qui me réveille toujours trop tôt).
Le plus formidable, dans tout cela, c'est que les sensations ressenties dans ces rêves lucides sont comparables sinon plus fortes encore que dans le monde réel. Je sens la brise dans mes cheveux lorsque je m'envole vers les étoiles, je peux humer l'herbe fraiche ou les embruns maritimes, ou encore l'odeur d'un plat qui mijote (et même le reconnaitre à l'odeur !), sentir les gravillons sous mes coussinets lorsque je suis un chat en vadrouille, etc... Mes 5 sens sont décuplés, les joutes sexuelles n'en sont que plus exceptionnelles encore : à mon réveil, c'est comme si j'avais vraiment vécu cette aventure d'une nuit !
Les sensations de bien être et de plaisir qu'accompagnent un acte sexuel, même rêvé, m'imprègnent tout au long de la journée, et parfois plus, quand il s'agit d'un rêve particulièrement épicé...
Lorsque l'on sait que l'on rêve, il est inutile de perdre son temps à faire connaissance avec sa future conquête, à la draguer maladroitement et à faire des pieds et des mains pour capter son attention ! Pas de risques de se prendre de râteau, non plus ! On ne s'embarrasse pas du bavardage en rêve lucide, on choisit sa proie (on la fait apparaitre telle qu'on la convoite) et on laisse faire ses bas instincts, c'est aussi simple que ça...
Evidemment, cela demande énormément de pratique : il faut se rendre compte que l’on rêve, se concentrer pour maintenir l’univers onirique (dans 99% des cas, cette prise de conscience nous réveille) et enfin, parvenir à manipuler le cours du rêve, un peu comme devenir le « scénariste » de ses propres aventures nocturnes.
Des que je m'apprête à rejoindre Morphée, je suis exaltée à l'idée que, peut être cette nuit encore, je pourrais « invoquer » mon plus bel amant, ou encore l'homme que je convoite en secret. Peut être que je me retrouverai prisonnière de deux vilains méchants bonshommes aux muscles saillants se jetant violemment sur moi, m'arrachant tous mes vêtements, ou mille et uns fantasmes encore !
Seule mon imagination pourrait limiter mes fantasmes !
Bonnes nuits, rêveurs non lucides* !
* Si l'un de vous fait des rêves lucides (érotiques ou non), je serais très curieuse d'en discuter avec lui !